28/04/2005
L'Amérique qu'on aime
15:10 Publié dans Moi et ma cheminée | Lien permanent | Envoyer cette note
Confession
Selon saint Augustin, Quicquid vis et non potes, factum Deus computat (Tout ce que tu veux et ne peux, Dieu le tient pour fait). C'est déjà ça, mais ce qui m'arrangerait vraiment, ce serait que Quicquid potes et non vis, factum Deus computat .
13:30 Publié dans Moi et ma cheminée | Lien permanent | Envoyer cette note
22/04/2005
Réconcilié
« J'admire ceux qui, pleins de fierté et de froideur, s'aventurent sur le chemin qui conduit à la beauté grandiose et démoniaque, et qui méprisent "les hommes", mais je ne les envie pas. Car si quelque chose est capable de faire d'un homme de lettres un poète, c'est bien cet amour bourgeois que je ressens pour ce qui est humain, vivant et normal. » (Thomas Mann, Tonio Kröger.)
Dans mon souvenir, Tonio Kröger s'achevait sur la vision d"un Kröger esseulé dans sa chambre d'hôtel, sanglotant quand lui parvenait, d'une fête d'où il s'était retiré, assourdi et berceur, le rythme à trois temps, doux et vulgaire, de la vie.
J'avais oublié le dernier chapitre, la lettre à Lisaveta, où Tonio Kröger, réconcilié avec sa part bourgeoise sans rien renier de son amour de la beauté, se réconcilie aussi avec la vie ordinaire.
Les dernières lignes du roman sont donc : « Ne blâmez pas cet amour, Lisaveta, il est bon et fécond. Il est fait d'aspirations douloureuses, de mélancolique envie, d'un petit peu de dédain et d'une très chaste félicité. »
00:55 Publié dans Certificat d'études | Lien permanent | Envoyer cette note
21/04/2005
L'Année dernière à Cazillac
Il aime de l'hiver la blancheur, la blondeur, le soleil, la paix relative du coeur. Du printemps, l'angoisse verte et grise ; de l'été, le spectacle de la chair et l'attente de l'automne. De l'automne, l'amour de l'amour, l'appel de la mort.
...
Découvrant dans un poème élizabéthain le mot yesternight, il s'émerveille, il s'émerveille incroyablement, puis il sent sur ses lèvres ce rictus qu'il connaît et qui lui vient chaque fois qu'il pense à l'appauvrissement exponentiel du monde, à l'appauvrissement voulu par les maîtres au grand soulagement de leurs sujets. Allez-y, continuez, vous êtes morts! Lui, ça ira : il a le mot yesternight pour vous tenir en respect.
...
On a mis deux vieux chevaux dans le pré communal. Il regarde les chevaux. Les chevaux ne font rien. Il est comme les chevaux, qui le regardent aussi.
Parfois il va à l'eau, c'est-à-dire au ruisseau. Parfois il va à l'est, c'est-à-dire aux chevaux. Et toujours il va à l'ennui et à l'émerveillement.
Pierre Peuchmaurd, L'Année dernière à Cazillac ; Myrddin, 2004
(J'ai malheureusement égaré l'adresse actuelle des éditions Myrddin (l'adresse de Pierre Peuchmaurd, en fait). Il doit bien y avoir 5 ou six librairies en France qui ont ses publications en dépôt. Bonne chasse...)
15:55 Publié dans En lisant en recopiant | Lien permanent | Envoyer cette note
16/04/2005
Should i stay or should i go ?
« Je suis l'homme qui n'a jamais envie de s'en aller » notait Charles Du Bos dans son Journal (cité par Michel Crépu dans Charles Du Bos ou la tentation de l'irréprochable).
Moi aussi, mais je suis également l'homme qui a toujours envie de partir...
02:20 Publié dans Moi et ma cheminée | Lien permanent | Envoyer cette note
14/04/2005
Littérature vélocypédique
Trouvés sur le site Cyclisme et littérature, ces deux extraits d'écrivains vélocypedistes qu'on aime bien ici.
« Chère bicyclette, je ne t'appellerai pas vélo, tu étais peinte en vert, comme tant de bicyclettes de ta promotion, je ne sais pourquoi. Je la revois volontiers. J'aurais plaisir à la détailler. Elle avait une petite corne ou trompe au lieu du timbre à la mode de vos jours. Ac-tionner cette corne était pour moi un vrai plaisir, une volupté presque. J'irai plus loin, je dirai que, si je devais dresser le palmarès des choses qui ne m'ont pas trop fait chier au cours de mon interminable existence, l'acte de corner y occuperait une place honorable. Et quand je dus me séparer de ma bicyclette j'en enlevai la corne et la gardai par-devers moi. »
Samuel Beckett, Molloy
« Là où je suis, il y a de l’eau, du liseron écrasé par terre. Des messieurs à moustache café crème qu’on voit ont l’air de surveiller un virage. C’est que c’est aujourd’hui le grand jour du circuit. Les oriflammes aux couleurs rouges et jaunes – ce sont celles d’Orléans – ont été mises là pour signaler aux coureurs un passage d’itinéraire difficultueux.
On me prend pour un coureur. J’ai le tort de dire que j’en suis un. Cela m’oblige à fuir à tire d’ailes des visages et des choses au milieu desquels j’aurais voulu rester. »
C.-A. Cingria, Bois sec bois vert
15:15 Publié dans En lisant en recopiant | Lien permanent | Envoyer cette note
Adieu au roi
Le blog Résistance royale (sic) a fait sa mise à jour trimestrielle : De Jean-Paul II à Gustave Thibon. Ce n'est pas que ce soit idiot ou inintéressant, mais il y a quelque chose - un ton, des tics de langage, je ne saurais trop dire - qui me fait trouver tout ça un peu niais, bien loin de moi en tout cas (mais c'est peut-être moi qui ai tort de m'éloigner, de ne plus y croire.)
Rêveries pour rêveries, je vais plutôt me replonger dans la géographie sacrée des Bituriges.
02:25 Publié dans Moi et ma cheminée | Lien permanent | Envoyer cette note
13/04/2005
Se prendre aux mots
Je pars de rien comme si le vide se refaisait en moi sans moi, spontanément. Je cherche mes mots comme on comble des trous, pour voir avec ou sans. Musique et silence tour à tour convoqués et refoulés.
Mes « grandes » décisions, mariage, rupture, etc..., se sont toujours déclarées dans une sorte de no man's land, où la part de la conscience n'était pas nette. C'est-à-dire qu'un brouillard, comme l'expression d'une passion latente motivait impérativement la décision.
Où j'en suis ? Il faut s'enfermer et dormir. Le sommeil considéré comme une grande lessive à faire entre soi et soi. Surtout ne rien brusquer, comme si, dans l'attente, les choses déplacées et les personnes retrouvaient naturellement leur destination.
Georges Lambrichs, Se prendre aux mots ; La Différence, 1991.
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12/04/2005
Autoportrait en vieux con
C'était notre manie de jouer les Hussards : entre l'élitisme et l'éthylisme, plus très jeunes gens de trente-cinq ans, nous avions choisi le cynisme morbide de ceux qui sont condamnés par la massification. Vilain mot qui commence comme massicot et finit comme dissection mais bref, nous étions de Droite rien que pour emmerder le monde qui d'ailleurs s'en fichait.
A. D. G., Pour venger pépère ; Gallimard, 1980.
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11/04/2005
Pieter Jansz Saenredam
Il y a dans les musées de Hollande un petit peintre qui mériterait peut-être la renommée littéraire de Vermeer de Delft. Saenredam n'a peint ni des visages ni des objets mais surtout l'intérieur d'églises vides, réduites au velouté beige et inoffensif d'une glace à la noisette. Ces églises, où on ne voit que des pans de bois et de chaux, sont dépeuplés sans recours, et cette négation-là va autrement loin que la dévastation des idoles. Jamais le néant n'a été si sûr. Ce Saenredam aux surfaces sucrées et obstinées récuse tranquillement le surpeuplement italien des statues, aussi bien que l'horreur du vide professée par les autres peintres hollandais. Saenredam est à peu près un peintre de l'absurde, il a accompli un état privatif du sujet, plus insidieux que les dislocations de la peinture moderne. Peindre avec amour des surfaces insignifiantes et ne peindre que cela, c'est déjà ine esthétique très moderne du silence.
Roland Barthes, Essais critiques.
(On complètera utilement la lecture de cette note en se reportant à celle de L'esprit de l'escalier , Saenredam et Vermeer.)
23:05 Publié dans Certificat d'études | Lien permanent | Envoyer cette note




