26/02/2008
Travaux d'aveugle
« Or, je n'ai le goût de rien exprimer, si ce n'est ce noyau d'obscurité tenace qui est comme ma substance morale ou poétique, insoluble dans le langage logique. »
Lecture des Carnets de Henri Thomas. On dira ce qu'on veut, c'est quand même autre chose qu'un ibouc. Mais il est vrai aussi que pour Henri Thomas, la littérature était autre chose qu'un moyen de se faire mousser (ou de se faire du pognon).
Ce sera tout pour aujourd'hui.
12/02/2008
Girl in Window
01:54 Publié dans Trop de couleur distrait le spectateur | Lien permanent | Envoyer cette note
07/02/2008
« Sarkozy n'est pas petit, il est bas »
L'antisarkozysme primaire de Francis Marmande m'étant infiniment plus sympathique que le sarkozysme honteux de tel rapin auvergnat et aigri, j'ai le plaisir de donner à lire son hommage à Christian Bourgois.
Christian Bourgois, adobe garamond, corps 12
( Francis Marmande - Article paru dans Le Monde du 03.01.08.
Qu'est-ce qu'un éditeur ? Ou, plus juste, qu'est-ce qu'éditer ? Aimer, partager, plonger, choisir, se faire peur sans avoir peur, n'avoir pas peur de l'argent. Etre ensemble, croire, insister, résister, être aimés ensemble, Christian et Dominique Bourgois, par exemple. Les éditions Christian Bourgois, tous livres composés en adobe garamond, corps 12, le lettrage de couverture spécialement créé pour elles, condensent quarante-cinq ans de lumière : Boris Vian, Le Seigneur des anneaux, Toni Morrison, Burroughs, Lobo Antunes, Atxaga, Bolaño, des Kerouac méconnus, des Espagne sans espagnolade, des lettres de Boulez à John Cage, ou encore Adam Zameenzad, qui permettrait ce soir de moins mal comprendre la mort à venir.
Songer d'un coup à la famille Faye, dont le père, ébéniste en règle, payant impôts et taxe d'habitation, sans ennui, sans défaut mais sans papiers, a été sauvagement "transfèrementé" au Sénégal, cependant que son épouse et ses trois enfants survivent dans le malheur et la séparation à Chelles (Seine-et-Marne). Avec nos voeux, monsieur Hortefeux.
Editer pendant quarante-cinq ans, susciter des choix, une libre formation, Denise Laroutis, G.-G. Lemaire, Matthieussent, Nattiez, Bailly, Michel Deutsch, Lacoue-Labarthe. Un groupe que relie seulement la farouche absence de vulgarité, sans autre lieu que la "maison", la maison d'édition. Pour s'en faire une idée, se figurer Bigard au Vatican, les comiques au Fouquet's, l'éthique bling-bling, la Foire du trône.
Editer : agir, se porter présent, s'engager dans ce que Christian Bourgois nomme des activités citoyennes, le Centre national des lettres, l'IMEC, la Maison de la culture de Bobigny (MC93), qu'il présidait sans jamais manquer un spectacle, de même qu'il allait par désir au cinéma, au concert, voir les peintres. (Seule référence culturelle que l'on connaisse au chanoine en dehors d'Eurodisney : "Au théâtre ce soir".)
Editer, orchestrer, ressembler à Gil Evans ou Burroughs, ne ressembler qu'à soi, cette manière de donner de l'importance au premier pékin venu en lui souhaitant simplement le bonsoir, la voix, la diction, la préciosité, le cheveu fin, la poignée de main sans poids, le dos droit jamais rigide, les mains d'hirondelle, des doigts de bassiste, ces lèvres dessinées sans trace de gourmandise, la démarche franche d'un danseur de paso, plus ce sourire certain. (Pour se faire une idée, voir frime, grande gueule, effet d'annonce, haine des pauvres et des immigrés.)
Editer, aimer le détail. Sur ses couvertures, fin du fin, Christian Bourgois a fini par substituer à la mention Christian Bourgois Editeur, un simple logo. Triangle rond de 3 et d'initiales, d'une mesure exacte, au micron près. Un rien de trop ou en moins, logo instantanément lourd, vendeur. Celui-ci semble tombé du ciel, pur dessin industriel de l'arabesque. (Voir Bolloré, yacht, jet privé, TF1, grossier jogging.)
Christian Bourgois, impossible de dissocier le prénom du nom, se sera à ce point illustré dans l'illusion illustrée, en toute connaissance de cause : "Toute décision d'édition a un coût. Notre originalité, c'est la manière dont nous apprécions ce coût, c'est-à-dire dont nous apprécions le risque. Trop souvent, dans l'édition, on oppose les vilains qui calculent et les anges passionnés qui publient des livres. Or il n'y a jamais eu un âge d'or de l'édition pendant lequel on n'aurait pas fait de comptes." "Un ange qui calcule", oui, on touche au but, antonyme exact du pitre calculateur.
De son mal qui l'emporte, Christian Bourgois disait : cela ne m'intéresse pas. De la mort ? Je ne la crains pas, mais elle m'ennuie. Le jeudi 27 décembre 2007, au Père-Lachaise, a eu lieu, à 11 heures, sa crémation. Louxor, fanfaronnades, émir, chou, bijou, hibou, caillou, genou.
19:25 Publié dans Cap au pire, En lisant en recopiant | Lien permanent | Envoyer cette note
03/02/2008
On s'en fout
C'est un grand soulagement pour moi de savoir que je mourrai sans avoir lu une ligne de Cormac McCarthy.
01:57 Publié dans Moi et ma cheminée | Lien permanent | Envoyer cette note

