13/03/2008

Un Français libre

  Ce serait mieux pour votre santé d’arrêter de fumer, a conseillé son médecin de famille à Camille, 85 ans. Bilan : Camille s’est jeté dans le puits. Certains mieux sont l’ennemi du bien.
  La vie allait tranquillement dans ce hameau de Creuse, cinq maisons, des voisins sympas, une vie ordinaire. Camille était né là, il y mourrait, comme ses parents avant lui. Pendant la guerre, il avait trouvé moyen d’échapper au STO en se planquant dans les bois. L’avantage de vivre dans un petit périmètre, c’est qu’on le connaît comme sa poche. Parce qu’il n’avait jamais besoin d’aller bien loin, Camille. Question transports, sa Motobécane années 60, avec sacoches pour les courses, avait toujours fait l’affaire. Après la nouvelle réglementation, il avait dû s’acheter un casque. Déjà ça, il s’en serait bien passé. Il le mettait quand il allait en ville, à cause des gendarmes. Pour le reste, les courses de proximité et les pauses bistrot, il s’en passait du casque. C’est comme les médicaments, la petite pile n’en finissait pas de monter, midi et soir, remèdes à la vieillesse, paraît-il. «Regarde ce qu’ils me font avaler. Où est-ce qu’on est parti ! Je le verrai pas, je préfère pas le voir.»
 
Pendant trente-cinq ans, il avait trait ses huit laitières, matin et soir, à croupetons au cul des vaches. Après la retraite, sa vie s’était organisée d’elle-même : la chasse à l’automne, la pêche au printemps, l’accordéon et puis les visites. Y avait souvent du passage chez Camille. «Assieds-toi, tu vas boire un canon.»
 
Il avait le tutoiement facile, la conversation également, curieux des autres. Il n’avait jamais quitté son village. Pour quoi faire ? Les règles communes vous rattrapent même dans un hameau perdu. Inutile d’essayer de se planquer dans les bois.
  Santé, sécurité à tout prix, même en bout de vie.
  Alors quand il s’était agi de renoncer à ses dix cigarettes qu’il se roulait si parfaitement qu’on aurait cru que la gomme était dans sa salive, il l’a dit tout haut : «Ah bon ! Ça aussi, ça m’est interdit.»
 
Et il a changé, replié sur lui-même, solitaire ces dernières semaines, plus le cœur à rien. Cette nuit-là, il s’est levé sur le coup des quatre heures : «Je vais pisser.»
 
Sa femme l’a entendu, puis elle l’a attendu. Un coup de carabine résonne fort dans le silence. Quand elle est descendue, il pissait le sang. On meurt pas avec la chevrotine. Les chasseurs savent ça et leurs femmes également. Mais quand il a saisi le fusil, elle le lui a arraché et est allée chercher le voisin.
  Le voisin a vu le sang sur le carrelage de la cuisine, à l’étage aussi, sur le plancher, mais pas Camille.
  C’est la fille, en arrivant, qui a remarqué que le couvercle manquait sur la margelle du puits.
  Il n’y a pas loin de la porte au puits. Pour la commodité, avant l’eau courante. Trois pas pour chercher l’eau. Ou s’y jeter. Avec précaution, ils ont appris à sa femme que Camille était mort. Elle a dit : «Oh ben, il a fait ce qu’il voulait. Eh ben, il l’a fait.» Une manière de marquer que cette décision-là, au moins, lui appartenait. (Sylvie Granotier, Libération 13/03/08)

07/02/2008

« Sarkozy n'est pas petit, il est bas »

  L'antisarkozysme primaire de Francis Marmande m'étant infiniment plus sympathique que le sarkozysme honteux de tel rapin auvergnat et aigri, j'ai le plaisir de donner à lire son hommage à Christian Bourgois.   

Christian Bourgois, adobe garamond, corps 12

( Francis Marmande - Article paru dans Le Monde du 03.01.08.

Qu'est-ce qu'un éditeur ? Ou, plus juste, qu'est-ce qu'éditer ? Aimer, partager, plonger, choisir, se faire peur sans avoir peur, n'avoir pas peur de l'argent. Etre ensemble, croire, insister, résister, être aimés ensemble, Christian et Dominique Bourgois, par exemple. Les éditions Christian Bourgois, tous livres composés en adobe garamond, corps 12, le lettrage de couverture spécialement créé pour elles, condensent quarante-cinq ans de lumière : Boris Vian, Le Seigneur des anneaux, Toni Morrison, Burroughs, Lobo Antunes, Atxaga, Bolaño, des Kerouac méconnus, des Espagne sans espagnolade, des lettres de Boulez à John Cage, ou encore Adam Zameenzad, qui permettrait ce soir de moins mal comprendre la mort à venir.

Songer d'un coup à la famille Faye, dont le père, ébéniste en règle, payant impôts et taxe d'habitation, sans ennui, sans défaut mais sans papiers, a été sauvagement "transfèrementé" au Sénégal, cependant que son épouse et ses trois enfants survivent dans le malheur et la séparation à Chelles (Seine-et-Marne). Avec nos voeux, monsieur Hortefeux.

Editer pendant quarante-cinq ans, susciter des choix, une libre formation, Denise Laroutis, G.-G. Lemaire, Matthieussent, Nattiez, Bailly, Michel Deutsch, Lacoue-Labarthe. Un groupe que relie seulement la farouche absence de vulgarité, sans autre lieu que la "maison", la maison d'édition. Pour s'en faire une idée, se figurer Bigard au Vatican, les comiques au Fouquet's, l'éthique bling-bling, la Foire du trône.

Editer : agir, se porter présent, s'engager dans ce que Christian Bourgois nomme des activités citoyennes, le Centre national des lettres, l'IMEC, la Maison de la culture de Bobigny (MC93), qu'il présidait sans jamais manquer un spectacle, de même qu'il allait par désir au cinéma, au concert, voir les peintres. (Seule référence culturelle que l'on connaisse au chanoine en dehors d'Eurodisney : "Au théâtre ce soir".)

Editer, orchestrer, ressembler à Gil Evans ou Burroughs, ne ressembler qu'à soi, cette manière de donner de l'importance au premier pékin venu en lui souhaitant simplement le bonsoir, la voix, la diction, la préciosité, le cheveu fin, la poignée de main sans poids, le dos droit jamais rigide, les mains d'hirondelle, des doigts de bassiste, ces lèvres dessinées sans trace de gourmandise, la démarche franche d'un danseur de paso, plus ce sourire certain. (Pour se faire une idée, voir frime, grande gueule, effet d'annonce, haine des pauvres et des immigrés.)

Editer, aimer le détail. Sur ses couvertures, fin du fin, Christian Bourgois a fini par substituer à la mention Christian Bourgois Editeur, un simple logo. Triangle rond de 3 et d'initiales, d'une mesure exacte, au micron près. Un rien de trop ou en moins, logo instantanément lourd, vendeur. Celui-ci semble tombé du ciel, pur dessin industriel de l'arabesque. (Voir Bolloré, yacht, jet privé, TF1, grossier jogging.)

Christian Bourgois, impossible de dissocier le prénom du nom, se sera à ce point illustré dans l'illusion illustrée, en toute connaissance de cause : "Toute décision d'édition a un coût. Notre originalité, c'est la manière dont nous apprécions ce coût, c'est-à-dire dont nous apprécions le risque. Trop souvent, dans l'édition, on oppose les vilains qui calculent et les anges passionnés qui publient des livres. Or il n'y a jamais eu un âge d'or de l'édition pendant lequel on n'aurait pas fait de comptes." "Un ange qui calcule", oui, on touche au but, antonyme exact du pitre calculateur.

De son mal qui l'emporte, Christian Bourgois disait : cela ne m'intéresse pas. De la mort ? Je ne la crains pas, mais elle m'ennuie. Le jeudi 27 décembre 2007, au Père-Lachaise, a eu lieu, à 11 heures, sa crémation. Louxor, fanfaronnades, émir, chou, bijou, hibou, caillou, genou.

11/12/2007

Chevènement président!

« Je ne prends pas ce gouvernement suffisamment au sérieux pour demander la démission de Rama Yade. » (in Sud-Ouest, 12/12/07)                                

25/08/2007

Ils nous cernent (et nous somment)

« Dire que certains n'utilisent même pas encore netvibes dans leur Firefox (mais certains n'utilisent même pas Firefox,c'est dire...) » François Bon *

« Dire que certains ne portent même pas encore des Pumas (mais certains ne portent même jamais des chaussures de sport, c'est dire...) » Le fils de ma voisine

« Dire que certains n'ont même pas encore des écrans plasma (mais certains n'ont même pas encore la télé, c'est dire...) » Mon beau-frère

« Dire que certains n'ont même pas encore leur carte à l'UMP (mais certains n'ont mêm pas voté Sarkozy, c'est dire) » Mon patron

 

* Le même humaniste évoque ailleurs ces copains avec qui on perd le contact parce qu'ils n'ont pas d'email. Des copains comme lui, je préfère ne pas en avoir.

12/06/2007

Avis au lecteur

   Il y a de cela une trentaine d'années, sévissait dans la ville où je résidais alors un curieux personnage se disant magicien. Sévissait : c'est que précisément il n'avait plus guère l'occasion de sévir, son spectacle pour enfants ne trouvant plus preneur depuis qu'un de ses trucs avait été éventé ( « Tu les vois mes mains ? Tu le sens mon doigt ? » Mais ce n'était pas son doigt.). Les conditions atmosphériques l'avaient donc amené à prendre langue avec l'antenne locale de l'ANPE et à y déposer en guise de C. V. une assez copieuse autobiographie manuscrite.
   Comme tous les noctambules de l'époque dans la dite petite ville, j'étais amené à rencontrer le responsable local de l'ANPE en dehors de ses heures de travail (un personnage qui circulait dans une Coccinelle noire en l'appelant « la voiture du Führer » ne pouvait qu'attirer ma sympathie) et ai donc pu lire ce document dont je ne me console pas de n'avoir pas gardé la copie.
   Je me souviens particulièrement précisément du passage où il évoquait son départ de France pour l'Algérie - et de là pour l'Afrique noire où il résidera une dizaine d'années ( Grand Sorcier blanc avoir onze doigts! ) : « La France occupée par les Allemands, je choisis de résister en soustrayant à l'ennemi l'usage de mon intelligence ».

   Tout cela pour vous dire qu'en ces temps de connerie triomphante je suis assez tenté de résister à l'ennemi en renonçant à tout usage publique de mon intelligence.
   Je vous remercie de votre attention.

15/05/2007

Parvenus (du verbe parvenir)

   Et si Besson et Kouchner étaient la vérité de Sarkozy ?

07/05/2007

La France défigurée

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06/05/2007

Juste l'ordre

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« Dans une France Sarkozyste
Je mettrai ces fumiers* debout
A fumer le scrutin de liste
Jusqu'au mégot de mon dégoüt »

 

 

* Avec une attention particulière pour les électeurs de Bayrou (ces crevures) qui ont voté Sarkozy (ces ordures) ou blanc (ces raclures).

01/05/2007

Chiffon rouge

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21/09/2006

Ami entends-tu...

Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?

 par Robert Redeker

 

Les réactions suscitées par l'analyse de Benoît XVI sur l'islam et la violence s'inscrivent dans la tentative menée par cet islam d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s'exprimer.

L'islam essaie d'imposer à l'Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d'un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l'école, accusation d'islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l'interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l'argument avancé : risque de «troubles à l'ordre public». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l'oppression contre les femmes suscite, plus propre à «troubler l'ordre public» que le string. Il n'est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l'islam. Ou, à tout le moins, qu'elle résulte de l'insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s'élevaient contre l'inauguration d'un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s'opposent pas à la construction de mosquées. L'islam tente d'obliger l'Europe à se plier à sa vision de l'homme.

Comme jadis avec le communisme, l'Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L'islam se présente, à l'image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l'instar du communisme d'autrefois, l'islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d'une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd'hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd'hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l'oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l'ouverture à autrui, propre à l'Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l'autre doit toujours passer avant moi. L'Occidental, héritier du christianisme, est l'être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l'identique de feu le communisme, l'islam tient la générosité, l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu'il veut exploiter au moyen «d'idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d'imposer l'ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d'inouïe violence. Maxime Rodinson énonce, dans l'Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D'une part, «Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (...) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (...) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin».

D'autre part, «Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu'il accusait d'un comportement suspect». Enfin, «après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d'années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages».

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l'Église catholique n'est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, l'exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l'islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l'Église.

Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Cette lapidation, s'accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c'est-à-dire l'entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l'islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l'islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l'islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l'Occident «le monde libre» par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce «monde libre», fonctionnaires zélés de l'oeil du Coran, pullulent en son sein.

(Le Figaro, 19 septembre 2006)

19:30 Publié dans Cap au pire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : islamophobie

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