28/03/2006
Rraaahhh! Enfin!
Une cinquantaine de membres du service d'ordre de la CGT, munis de matraques souples [ enfin, « souples », pas tant que ça], ont chargé vers 16h30 plusieurs dizaines de jeunes qui tentaient de soulever la grille d'un magasin de lingerie. Le service d'ordre a dispersé les jeunes, bousculant et frappant également les photographes et cameramen qui prenaient des images de la scène [j'espère qu'il se sera quand même trouvé un rescapé, que je puisse immortaliser ça sur mon blog]. (AP,28 /03/06)
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16/03/2006
Contrat pour l'exploitation
Même si on peut comprendre le plaisir qu'il prennent à casser du gauchiste (les staliniens aussi, en leur temps, ont connu cette jouissance), on s'étonne un peu de voir nos amis les Identitaires jouer les petits soldats du capital (mais je suis sans doute un grand naïf). Heureusement, Le Figaro est là pour nous dire la vérité sur le CPE (on complètera utilement cette analyse par la lecture de L'Humanité de ce jour).
(...) Toute l'histoire du droit du travail s'est fondée sur un principe explicite et une évidence incontestée : les rapports de travail sont des rapports de force ; le droit a pour mission de les réguler. Le célèbre adage de Lacordaire, «Entre le fort et le faible, c'est la loi qui protège et la liberté qui opprime», prend tout son sens dans une construction juridique qu'il conviendrait plutôt de simplifier que de compliquer. Essayons de dénombrer les préjugés qui fondent le CPE. Rarement, dans notre histoire récente, l'occasion s'est offerte d'évoquer les préjugés de classe. Ce lexique, d'apparence archaïque, retrouve une nouvelle vigueur.
Premier préjugé quasiment explicite dans le discours officiel : les patrons sont tous des hommes bienveillants et justes, ce qui n'est pas le cas des salariés. Dominique de Villepin exprime ainsi ce truisme : en quoi le CPE serait-il dangereux pour le salarié ? pourquoi un patron satisfait d'un salarié le licencierait-il sans motif valable ? Si le salarié est utile à l'entreprise, efficace et rentable, pourquoi ne franchirait-il pas allégrement cette période probatoire de deux ans ? Autrement dit, le CPE se situe dans un monde où les patrons seraient parfaits et les salariés imparfaits. Les uns jugent les autres, sans besoin de justifier leur jugement. Penser l'inverse – les patrons seraient mauvais et les salariés, vertueux – serait aussi niais. Mais le droit du travail est précisément là pour éviter l'un et l'autre postulat. Comment peut-on en même temps dénoncer la pratique abusive des stages – qui en décide, sinon ceux-là mêmes qui utiliseront le CPE ? – et en conclure que le CPE, comme habile substitution, sera l'objet d'un usage vertueux ?
(...)
Deuxième préjugé plus implicite : la question de l'emploi se résout uniquement par le droit du travail. La décision du CPE est unidimensionnelle. L'emploi est une priorité, c'est une évidence. Qui ne se réjouirait d'une mesure qui l'améliore ? Mais qui peut soutenir que la vie des entreprises et de notre société peut être abordée au sens de l'abordage pour Villepin par un angle d'attaque aussi univoque ? Ni le droit, ni l'absence de droits n'ont jamais engendré la croissance. De plus, le CPE va entraîner des effets collatéraux qui ne correspondent ni aux intérêts de notre société, ni à ses exigences de modernisation. Un seul exemple : la société et même l'économie française souffrent d'un affaiblissement progressif du fait syndical. La démocratie en pâtit. Or le CPE tue les syndicats : il faudrait être inconscient, suicidaire ou dément pour se syndiquer pendant les deux années concernées.
Troisième préjugé encore plus implicite : avec le CPE, il s'agit de donner envie d'embaucher et non de donner envie de travailler. L'envie d'avoir envie est un problème fondamental de notre société et de notre économie ; de partout fusent les plaintes : les Français ne veulent plus travailler. Les en convaincra-t-on en leur proposant une situation précaire et en les soumettant à l'arbitraire ?
Concrètement, comment un salarié peut-il avoir confiance en un homme qui le recrute sur un principe de défiance ? Il nous faut combattre tout ce qui va dans le sens d'une société de défiance : la confiance ne peut être que réciproque, sinon elle n'est pas. Le CPE repose sur une idée simple : l'employeur n'engage que s'il est certain de pouvoir dégager sans aucune contrainte. Nul besoin de s'expliquer. Nous confirmons ainsi une des tares de notre société française : l'échec y est toujours condamné, sans appel. La moindre des choses, pour un salarié qui a échoué selon l'avis de son employeur, c'est de comprendre son échec pour repartir sur de nouvelles bases.
Les entreprises ont besoin de souplesse et les salariés de sécurité. Les premières doivent s'adapter aux contraintes du marché, les seconds doivent présenter des garanties pour leur logement, leurs crédits, leur vie de famille. Les premiers cherchent des clients, les seconds un emploi. Au centre, entre l'employeur et l'employé, se joue la question du travail. C'est une question d'engagement. L'engagement doit concerner aussi bien l'engagé que l'engageant. Le CPE suggère aux patrons d'engager sans s'engager. On pourrait presque faire un pari : les meilleurs d'entre eux refuseront le CPE, pour collaborer sur de saines bases avec leurs salariés ; mais les pires d'entre eux choisiront sans doute le CPE.
(...)
Alain Etchegoyen
P.S. : Moi, je défile avec les copains de la C.G.T., dans l'ordre et le respect de la légalité, scrogneugneu!
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